VACCIN CORONAVIRUS. En France, plusieurs dispositifs sont mis en place pour garder à l'œil les effets secondaires des vaccins contre le Covid-19, dont notamment les centres régionaux de pharmacovigilance, chargés de surveiller au cas par cas les potentiels effets indésirables suivant la vaccination.

 Plus d'un an après le début de la campagne vaccinale, faut-il encore craindre la découverte de nouveaux effets secondaires chez les vaccins anti-Covid ? C'est ce dont s'occupent les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV), qui se basent sur les déclarations des professionnels de santé et des personnes vaccinées. Au jour le jour, le suivi des effets indésirables des vaccins anti-Covid est réparti entre six CRPV, à savoir : les CRPV de Bordeaux et de Marseille pour Comirnaty (le vaccin de Pfizer/BioNTech), les CRPV d'Amiens et Rouen pour Vaxzevria (le vaccin d'AstraZeneca), les CRPV de Lille et Besançon Spikevax (celui de Moderna), les CRPV de Lyon et Grenoble pour COVID-19 Vaccine Janssen (le vaccin de Johnson & Johnson). En outre, les CRPV de Tours et de Dijon assurent la coordination du suivi de l'ensemble des vaccins. Ce dispositif permet, grâce à des études au cas par cas des effets secondaires survenant après injection, de déterminer à chaque nouveau signalement si le vaccin est responsable, et si oui dans quelle mesure, de l'apparition des symptômes. Pour faciliter la détection et les signalements d'effets secondaires, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) propose en ligne un portail de signalement, que peuvent remplir particuliers, entreprises ou professionnels de santé. 

Dans le cadre de la surveillance des effets secondaires dus aux vaccins anti-Covid, la Haute autorité de santé (HAS) a, ce 21 février, publié un avis dans lequel elle conseille de suspendre les injections avec le vaccin Janssen - exception faite des "personnes à risque de forme sévère de la maladie qui présentent une contre-indication à l'administration d'un vaccin à ARN messager". Cette recommandation a été impulsée par la "légère augmentation du risque d'infarctus du myocarde dans les deux semaines suivant" l'injection chez les adultes de moins de 75 ans. Cependant, cette conclusion, fondée sur des données issues du rapport EPI-PHARE du 18 janvier 2022, attend toujours d'être confirmée par l'Agence européenne du médicament (EMA).

Quels sont les effets secondaires des vaccins anti-Covid ?

Les effets secondaires causés par les vaccins anti-Covid restent, dans l'immense majorité des cas, des symptômes bénins rappelant les états grippaux, des diarrhées, des maux de tête, de la fatigue, des douleurs musculaires ou articulaires. De manière moins fréquente, l'Ansm compte les douleurs aux extrémités, une lymphadénopathie, les insomnies, les malaises, les démangeaisons, les réactions d'hypersensibilité, les sueurs nocturnes, la diminution de l'appétit, la léthargie, l'asthénie, des éruptions cutanées et de l'urticaire parmi les potentiels effets secondaires indésirables. L'Ansm met à disposition sur son site internet les listes complètes des effets secondaires encourus pour chaque vaccin anti-Covid.

Si la plupart des effets secondaires recensés ont été repérés lors des essais cliniques et indiqués par les laboratoires, d'autres symptômes ont été soulignés a posteriori via des signalements de patients vaccinés et de professionnels de santé. Le Dr Francesco Salvo prend en exemple les cas d'inflammations au niveau cardiaque telles les myocardites ou péricardites - pas sévères le plus souvent - et des cas de paralysie faciale. Ces deux effets concernent environ un patient sur 10 000 selon les déclarations du médecin à France 3 Nouvelle-Aquitaine. En outre, les vaccins AstraZeneca ou Janssen, qui reposent sur un vecteur viral, peuvent entrainer des effets indésirables proches mais atténués de ceux induits par une infection au virus. En ce qui concerne les vaccins à ARN messager, il est possible, dans certains cas, qu'ils déclenchent des allergies chez celui qui s'est fait vacciner - d'où les quinze minutes d'attente nécessaire après l'injection. Le Dr Francesco Salvo, responsable du centre de pharmacovigilance de Bordeaux, indique qu'"en France, sur le suivi du Pfizer, nous avons enregistré 22 000 effets indésirables graves, qui incluent les symptômes grippaux assez forts nécessitant un arrêt de travail. Ce qui reste, au regard du nombre total d'injections, une toute petite partie des personnes vaccinées". Dans le détail, voici les effets indésirables pouvant suivre la vaccination contre le Covid-19 mis en avant par l'Ansm à ce stade :

Effets indésirables graves les plus fréquents (très rares)Effets indésirables non graves les plus fréquents (rares)
TachycardieMalaise bénin
AnaphylaxieTempérature
ConvulsionsAnomalie gastro-intestinale
Insuffisance cardiaque Réaction cutanée
Paralysie facialeDifficulté respiratoire

Certains patients rapportent, après leur vaccination, des vertiges, des acouphènes, ou encore des interruptions de règles. D'après l'Ansm, il est assez peu probable que le vaccin en soit à l'origine - notamment parce que, rapporte France 3,  la grande majorité des effets indésirables se font ressentir juste après ou dans les jours qui suivent l'injection. Autre son de cloche chez le Dr. Salvo : "Les vertiges sont reconnus comme pouvant être causés par la vaccination [...] Pour les acouphènes, c'est plus compliqué de faire un lien, car ces symptômes sont fréquents et peuvent arriver à tout moment de la vie. C'est un sujet sur lequel nous sommes vigilants, tout comme les témoignages de femmes qui ont vu leurs règles s'interrompre : il peut y avoir, dans certains cas, un rôle du vaccin,  notamment en lien avec des réactions hyper inflammatoires". Et d'expliquer : "Toute la difficulté de notre travail, c'est de mettre les événements en lien avec le vaccin. Parfois, ils ne sont pas liés au produit, mais au geste de la vaccination : une injection trop haute qui se fait dans l'articulation, ou un malaise qui arrive après que l'aiguille a frôlé un nerf". Chaque cas d'effet secondaire certifié est immédiatement rapporté à l'Ansm, qui les transmet à l'Agence européenne des médicaments. L'examen d'effets secondaires peut déboucher sur l'adaptation ou la suspension du vaccin à l'origine de ces effets. Cela avait été le cas au printemps 2021, avec la suspension du vaccin AstraZeneca pour des cas de thromboses atypiques survenus chez des jeunes patients, puis avec son retour, conditionné à une réservation exclusive aux plus de 55 ans).

Quelle est la proportion d'effets secondaires graves ?

L'agence nationale de sécurité des médicaments étudie scrupuleusement chaque cas d'effets secondaires survenu pour chacun des vaccins autorisés sur le sol français, et, selon ses observations, l'écrasante majorité des effets signalés sont attendus mais surtout "non graves". Depuis le début de la campagne de vaccination, l'ANSM calcule que 25% des cas d'effets secondaires ont présenté des symptômes graves tous vaccins confondus, contre 75% d'effets secondaires ordinaires tels que les symptômes pseudo-grippaux. Dans son dossier détaillé, l'agence dresse le graphique des effets graves/non-graves vaccin par vaccin, et tous respectent ces proportions confirmant l'idée qu'aucun produit ne semble plus dangereux qu'un autre.

Quelle est l'efficacité des vaccins contre le Covid-19 ?

La mise à disposition de vaccins contre le Covid aux populations est le principal enjeu sanitaire, mais aussi économique, de cette année 2021, les grands laboratoires pharmaceutiques en ayant fait une priorité. C'est l'américain Pfizer, allié à l'allemand BioNTech, qui a été le premier à mettre un vaccin sur le marché en fin d'année 2020, mais bien d'autres acteurs apportent désormais une réponse à la crise sanitaire avec d'autres produits.

Les principaux types de vaccins Covid

Comparaison entre les différents vaccins anti-Covid
Laboratoire - nom du vaccinEfficacitéFonctionnementDisponibilité Doses commandées par l'UE
Pfizer / BioNTech95%Vaccin de type ARNDisponible en UE300 millions
Moderna94,5%Vaccin de type ARNDisponible en UE160 millions
AstraZeneca70%Vaccin à vecteur viralDisponible en UE400 millions
Janssen / Johnson & Johnson66%Vaccin à vecteur viralDisponible en UE400 millions
Sputnik V95%Vaccin à vecteur viralDisponible hors UE0
Sinovac50%Vaccin inactivéDisponible hors UE0
Novavax96%Vaccin protéïquePrintemps 20210
CurevacEvaluation en coursVaccin de type ARNNon communiqué405 millions
ValnevaEvaluation en coursVaccin inactivéNon communiqué0

L'efficacité des vaccins Covid

Le vaccin Pfizer présente un taux d'efficacité de l'ordre de 95%, c'est-à-dire qu'il permet dans 95% des cas d'empêcher au Covid-19 de développer une forme grave de la maladie sur la personne infectée. Cette évaluation a d'abord été établie à l'issue d'un essai clinique sur près de 40 000 personnes, effectué par le laboratoire Pfizer. Les résultats avaient alors été rendus publics dans un communiqué de presse, puis sur une page dédié du site Pfizer. Une étude menée sur la vaccination massive en Israël, où plus de la moitié de la population était vaccinée début mars 2021, a par ailleurs établi qu'avec le vaccin Pfizer les formes graves de la maladie en cas d'infection n'ont pas lieu dans 92% des cas. Selon les résultats de cette étude publiée dans The New England Journal of Medicine, les infections symptomatiques après la deuxième dose sont considérablement réduites dans 94% des cas après une deuxième injection. Une autre étude scientifique, publiée en mars 2021 par le gouvernement britannique, montre que le vaccin Pfizer réduit "significativement" les cas graves des personnes de plus de 80 ans.

Quant à l'efficacité du vaccin sur les variants, une autre étude publiée en février 2021 dans la revue Nature donne des éléments démontrant que le sérum est efficient, dans une mesure certes moindre, pour en limiter les effets graves. Et le vaccin perd un peu plus d'efficacité face au variant indien selon une nouvelle étude menée par les chercheurs de l'institut Pasteur. "Les sérums de patients ayant eu un Covid-19 et recueillis jusqu'à 12 mois après les symptômes ainsi que les personnes ayant reçu le vaccin Pfizer restent neutralisants, mais sont 3 à 6 fois moins puissants contre le variant indien par rapport au variant anglais", explique Olivier Schwartz. Le scientifique tient toutefois à relativiser les chiffres : "Le vaccin Pfizer est probablement protecteur" même avec "une efficacité légèrement diminuée".

Le vaccin AstraZeneca a d'abord été présenté comme efficace à 70% dans un communiqué du laboratoire, à l'issue d'essais cliniques de phase 3. Le gouvernement britannique, qui a lancé une vaste campagne de vaccination avec ce produit, à un rythme très soutenu, a publié une autre étude, le 1er mars 2021, selon laquelle une dose du vaccin réduit les symptômes du Covid dans 60 à 70% des cas. Par ailleurs, une prépublication dans The Lancet, mise en ligne le 4 février 2021, tend à montrer une efficacité importante du vaccin AstraZeneca contre le variant britannique. La Haute autorité de Santé, en France, a reconnu l'efficacité du vaccin AstraZeneca contre les formes symptomatiques du coronavirus, recommandant en premier lieu "préférentiellement ce vaccin chez les moins de 65 ans". La HAS a ensuite considéré, le 2 mars 2021, que "la place dans la stratégie vaccinale du vaccin AstraZeneca" pouvait "être élargie aux personnes âgées de plus de 65 ans". Puis, retournement de situation ce 19 mars : après une suspension de trois jours de l'AstraZeneca en France, décrétée par Emmanuel Macron, la HAS a donné son feu vert à l'utilisation du vaccin mais l'a recommandé uniquement aux personnes âgées de plus de 55 ans. Le lundi 22 mars, le laboratoire contre attaque de nouveau et indique que son vaccin était efficace à 79% contre le Covid-19 et n'augmente pas le risque de caillots, après l'essai clinique mené aux Etats-Unis. Par ailleurs, il réaffirme que le sérum est efficace à 80% pour les personnes âgées de plus de 65 ans.